Hans & Tamar Oppenheimer Chair in Public International Law

14 December 2009

La société française sans immigrés pendant un jour

Diana Draganova

Soucieux de la méfiance envers les immigrés et de l’incompréhension entourant les questions d’immigration en France, les fondateurs de « Journée sans immigrés, 24 heures sans nous! » [1] appellent à une journée de boycott économique. Les immigrés et « tous les citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration » [2] dans la société française sont invités à participer à une journée de non-activité économique: à ne pas travailler, à ne rien acheter et à ne rien vendre pendant 24 heures. Cette initiative aura lieu le 1 mars 2010. Un choix qui n’est pas futile, car il marque le cinquième anniversaire de l’entrée en vigueur du Code de l’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile [3] (CESEDA) (1 mars 2005), qui instaurait une immigration « choisie » sur des critères économiques, ce qui symbolise, selon les organisateurs, « une conception utilitariste de l’immigration » [4].

Attirant l’attention des médias en France [5], cette initiative s’inspire de la démarche des membres de la communauté hispanique aux États-Unis en 2006 qui entendaient dénoncer la loi criminalisant l’immigration irrégulière [6]. Une idée aussi venue après la polémique sur les propos du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux [7] et le débat récemment renouvelé sur l’identité nationale [8] et l’immigration dans la société française. Et si pour certains ce débat semble vicié et inutile, ce qui est plus inquiétant est qu’il tourne autour de l’islam et de l’appartenance religieuse d’une grande partie des immigrés en France.

Certes, la mise en opposition de l’identité nationale et de l’immigration, qui renvoie à la stigmatisation systémique des immigrés, ne fait qu’alimenter les divisions et les discours sur la scène politique française. Les membres du collectif veulent faire connaître leurs objectifs, et notamment, mettre en valeur l’apport de chaque individu à la prospérité tant économique que culturelle, et « marquer la nécessité de [la] présence » [9] des immigrés et de leurs descendants dans la vie économique et culturelle en France. Sans avancer des revendications politiques, le collectif souhaite changer le regard sur les immigrés et rappeler que l’immigration est une chance pour la société française.

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Collectif « La journée sans immigrés : 24 heures sans nous! »

Source de la photo: Collectif « La journée sans immigrés : 24 heures sans nous! » http://www.lajourneesansimmigres.or....

Footnotes

[1] Manifeste du Collectif “La journée sans immigrés: 24h sans nous!”, http://www.lajourneesansimmigres.org/fr/

[2] Ibid.

[3] Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (2005), http://www.legifrance.gouv.fr/affic....

[4] Ibid, Manifeste du Collectif.

[5] «L’économie française sans immigrés pendant un jour», Le Figaro, le 24 novembre 2009, http://www.lefigaro.fr/actualite-fr..., «Un collectif d’immigrés lance “sans nous”», Le Monde, le 25 novembre 2009, http://www.lemonde.fr/web/imprimer_...

[6] Border Protection, Antiterrorism and Illegal Immigration Act (2005), http://www.govtrack.us/congress/bil.... Voir aussi Benita Heiskanen, « A Day Without Immigrants », European Journal of American Studies, Special issue on Immigration, put online Dec. 01, 2009, http://ejas.revues.org/document7717.html

[7] « Polémique après une réflexion équivoque d’Hortefeux», Le Figaro, rubrique « Politique », le 9 décembre 2009, www.lefigaro.fr/.../01002-20...

[8] Voir le Grand débat sur l’identité nationale et les propositions d’Éric Besson, http://www.debatidentitenationale.fr/

[9] Ibid, Manifeste du Collectif.

  • Diana Draganova

    Diana Draganova, L.L.M. (Sofia University, Bulgarian Law and International Relations), L.L.B. and L.L.M. (Université de Montréal), has submitted her master’s thesis on the State’s involvement in the electoral process, as a manifestation of its sovereignty, which is intimately connected to the definition of the modern democratic State and the supervisory functions exercised by the European Court of Human Rights.

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